26 5 / 2014

Si le digne inventeur de la râpe-à-fromage avait eu la décence de décrasser son noble ustensile après son utilisation, il aurait tout aussi bien pu le nommer râpe-à-éponge. 

11 2 / 2014

"Il y a trois sortes de personnes : celles qui savent compter et celles qui ne savent pas."

Benjamin Dereca

11 2 / 2014

6h du mat’, soit 27 heures avant mon exam : l’écho de mon réveil me trouble à peine.

Je le laisserai sonner une seconde fois, une troisième puis une quinzaine d’autres.

Puis, j’émerge aux alentours de 09h30-16h : constatant avec étonnement que mes réveils ont sonné 15 fois, en m’interrogeant suspicieux sur comment j’ai pu oublier.

C’est dans cet ordre-là que ça se passe normalement. Mais aujourd’hui c’était différent.

J’avais décidé que cette journée serait placée sous le signe de la rigueur et de la motivation.

Aux premières notes du réveil, j’ai donc bondit plein de bonnes intentions, puis j’ai pris mon ptit dej, une douche, et brossé mes dents.

24h avant l’exam, j’ai décrété qu’une petite sieste ne me ferait certainement pas de mal.

21h30 avant l’exam : une sieste pas si petite finalement.

Je me suis au moins prouvé que je pouvais me lever si je le voulais.

J’essaierai demain la technique plus old-school, dite du perfect. Tu te la joues à la Bruce Willis dans die hard en pariant que tu te réveilleras à la bonne heure, et ce, quoiqu’il advienne. Pas d’alarme, pas de flemme, et un cycle du sommeil bien réglé. Il paraît que certains ermites sumos pratiquent cette technique depuis des siècles, et que les résultats sont probants.

Être productif était ma promesse de cette dernière journée :

J’entends par là que par tous les moyens, établir un stratagème pour ne pas bosser était la priorité. La liste n’est pas réellement exhaustive mais selon ton niveau de productivité, l’établissement d’un stratagème procrastinateur peut s’avérer sportif.

Déjà il va falloir jauger la quantité de travail à établir, chose que je ne ferai qu’après 3 cafés et un certain nombre de choses inutiles.

J’ai d’abord trouvé bon d’aller faire une lessive, parce que bon, se mettre au boulot avec un sac de linge sale dans sa chambre est à la limite de l’insoutenable.

J’ai ensuite eu la bonne idée de nettoyer l’intégralité de ma chambre, ça faisait quand même 4 mois qu’elle était crade, je ne pouvais pas attendre un jour de plus.

Okay finalement plus que 20h avant l’exam : Allez je nettoie l’ordinateur et je pourrai enfin l’allumer.

Ma liste de choses à faire en dernier était vraiment longue par rapport à celle indiquant qu’étudier est très urgent.

C’est pourquoi 19h30 avant mon exam : J’ai alternativement cherché du travail, puis j’ai bu un café.

J’ai postulé pour un job 18h30 avant l’heure fatidique. Oui, c’est long de truquer un CV et d’écrire une lettre de procrastination. Sans parler de la queue pour les imprimer.

En rentrant, pour décompresser, je me suis fait du café, un thé et deux canettes de redbull, pis je me suis fait une petite session de code pour voir si j’avais toujours le niveau.

Je commençais à faire vraiment n’importe quoi.

En allant chercher un stage sur internet, la photo du gérant du site m’a fait penser à mon grand-père.

Ça allait bientôt faire deux ans que je ne l’avais pas vu, et 135km, je me suis dit que c’était pas grand chose, même si y’a des bouchons sur le périph.

En revenant, j’ai tracé direct chez le coiffeur. Histoire d’être présentable à l’enterrement.

J’aurais dû me douter que deux ans d’absence c’était pas bon signe.

Bref, 13h avant l’exam : Je crois que c’est l’heure de ma pause-bouffe.

Petit plaisir personnel, je vais saler le riz aujourd’hui. Ça changera des 3 derniers jours.

H-12 : Toujours pas de stress. Je suis large.

En me marrant devant une sitcom, j’ai réalisé que j’omettais mon temps de sommeil dans les 11h48 restantes.

Bon je finis cet épisode, je me matte les deux suivants et je me mets à taffer.

11h00 avant l’exam : Je regarde des vidéos sur youtube et je me demande si je suis toujours autant allergique aux chats.

En revenant de chez l’allergologue à h-9 j’étais refait ; plus d’allergie aux chats, la bonne nouvelle du jour.

Par contre il n’a pas pu me faire de frottis, ça m’a toujours fasciné de savoir l’effet que ça fait ce truc.

Plus que 8h45 avant l’exam, je vais peut-être jeter un œil à mes cours quand même. Les télécharger au moins….

Ça me fait penser que j’ai une lettre a poster tout ça. On a beau être 8h00 avant mon exam, c’est carrément plus important.

Bon allé un café en plus, un autre et c’est parti.

Après tant de temps d’attente, je me lance finalement :

Au rythme endiablé de mon djembé, j’enflamme ma chambre. Heureusement, j’ai des détecteurs de fumée…

Bon sérieux, il me reste moins de 7 heures avant l’examen, j’ai le choix entre dormir, bosser mes cours ou faire une vidéo de beatbox.

Ça paraissait moins dur sur internet. Bon un café de plus et c’est bon.

6h28 avant la sentence et le café commence seulement à faire son effet. Impeccable.

A l’instant même où j’ai commencé de penser à réviser, j’ai découvert ce passionnant hobby qu’est le scissor-spinning. Si vous ne connaissez pas, c’est bien simple, c’est comme faire des tricks avec un miniskate et tes doigts. Sauf que tu remplaces le skate par des ciseaux et que tu peux te couper les ongles en même temps.

Nous voilà 5h58 avant l’exam et j’ai l’envie soudaine d’un rapport privilégié avec moi-même.

Je me demande si c’est à cause du café ou des vidéos de ciseaux.

5h55 : Après n’avoir gagné que 3 minutes, j’entame un nouveau rapport.

En faisant le ménage une dernière fois, mon cœur balance entre un nouveau stratagème ou aller dormir.

H-5 : en récompense de cette journée de folie je décide de checker facebook et twitter. J’y ai pas foutu les pieds de la journée, je mérite au moins ça.

À H-4, assis par terre en position fœtale et complètement nu, je me rend compte que je pète un câble depuis presque une heure. Mais qu’est-ce que je suis en train de foutre bon sang ?

Pris d’un élan de raison, je vais dormir le cœur léger, convaincu que la technique du « J’aurais eu zéro même en révisant » fonctionnera.

M-15 : je réalise que je ne peux pas être en 15 minutes à mon exam.

Cette technique ancestrale à la con me fait faire n’importe quoi.

Quand je suis arrivé à mon exam 10 minutes trop tard, j’ai baragouiné que mon chien avais mangé mon réveil et que ma copie n’avait pas sonnée, quelque chose dans le genre.

La prof m’a rétorqué que j’arrivais un jour trop tôt, signifiant 24h de procrastination supplémentaire.

J’avais même pas ma trousse de toute manière.

10 2 / 2014

Parler du mauvais temps à mes frères bourguignons, c’est un exercice aussi périlleux que de parler physique quantique avec Stephen Hawkins : il est plutôt calé. Mais n’est, hélas, pas en mesure de répondre.

Sorry about that.

Climatiquement parlant, la journée anglaise s’amorce à deux heures du matin, saupoudrée du brouhaha des arbres ventés, qui n’est pas sans rappeler le crissement d’une craie sur un tableau noir. Les batailles récurrentes de chats errants, elles, sont aussi agréables à entendre qu’un pull en laine à porter. On se croirait aux plus belles heures des nuits dijonnaises. Après, c’est l’heure de la douche de bruine. Ici, il ne pleut pas tout le temps. C’est bien plus que ça. Mais le rythme des descentes pluviales à Sheffield ne m’a pas tant étonné que la façon brutale avec laquelle s’effectuent les changements environnementaux. Les clivages climatiques incessants se révèlent être plutôt perturbants.

A l’ouverture de tes volets, à 14h du matin, tu te fais chatouiller par la fraicheur du vent, éblouir par les rayons du soleil. Tu enfiles tes chaussures, à peu près certain que la journée sera belle…

Le temps de sortir de ton building, il pleut à seaux et, évidement, tu n’as pas de capuche. C’est un peu le sentiment que l’on ressent quand on commande un grand cru et que l’on se retrouve avec un simple aligoté. C’est frustrant. Finalement, tu te résignes à prendre quelque chose de plus chaud. Mais tu parviens immanquablement à ta destination finale baignant dans ton jus. Au mieux, tu seras juste tripé gaugé. Mais tu sentiras plus fort, souviens-t’en.

De l’autre côté de la Manche, on échange cinq fois par jour à propos du temps

En sillonnant les rues et les commerçants, j’ai découvert qu’effectivement, le temps est un sujet sensible, qui les préoccupe pas mal. J’ai successivement appris, au fil de ma promenade, que la pluie, selon certains experts marketing, aurait des incidences sur les ventes. Ou encore, qu’en moyenne, de l’autre côté de la Manche, on échange cinq fois par jour à propos du temps. Source : les médisances locales. Atteindre un tel stade en France n’est possible qu’en habitant la Nièvre, ou la Bretagne. L’autre préjugé moyen, c’est de penser qu’en Angleterre, il pleut tout le temps, inexorablement. Ce qui n’est pas complètement faux, admettons-le.

Ce genre de croyances mal famées n’est d’ailleurs vraisemblablement pas de bonne augure pour le pays, inversement à certaines légendes de sources bourguignonnes dont j’ai eu vent, impliquant une chouette sur une église qui réaliserait des vœux. Quand on aborde le sujet avec eux (celui du temps, pas de la chouette), le discours gorgé de cette habituelle subtilité pourtant si anglaise s’estompe, laissant place à la complainte et la rogne. “What is going on with the f***ing weather” ?

Comme les Anglais, et hormis cette noblesse évidente dans le parlé, nous partageons aussi, nous Français, cette étonnante capacité à se moquer allègrement des voisins. Quel Côte-d’orien n’a jamais dit que les 71 conduisent comme des pieds ? Et qui n’a jamais souffert de la comparaison Champagne/Crémant ? Pendant qu’il tombe des trombes à Londres pour les gars de Sheffield, il pleut cats and dogs dans la belle ville de Sheffield pour les Londoniens. Bien que ni chiens ni chats ne tombent littéralement du ciel, pas plus que des cordes en France en tout cas.

Mélange de crachin et de neige fondue

A la mi-journée, une question me traversa l’esprit. “Au fait, comment font-ils pour sécher leur linge dehors” ? La pluie étant monnaie courante dans les parages, il n’est pas surprenant d’apprendre qu’elle est caractérisée par un nom spécial. Ils appellent ça “sleeting“. Et ce n’est ni du crachin, ni de la neige fondue, précisent-ils. Juste un mélange désagréable des deux qui tombent de manière ininterrompue. Au fil de la journée, to be honnest, l’omniprésence du vent ne me laissa pas une seule seconde de répit.

J’ai vu un gamin s’envoler sous l’emprise d’une puissante bourrasque. A mettre sur le compte des bières de la veille, peut-être. Ou bien du fait qu’il s’agissait d’une simple affiche en carton. En plus, porter des chapeaux avec ce satané vent n’est pas vraiment pratique, ni conseillé. Surtout si tu dois déjà tenir ton pantalon si t’as pas mis de ceinture. La pluie n’est pas ton ennemie tout compte fait, et le soleil brille assez souvent. Le vent, par contre, demeure la première cause de jurons gratuits en Angleterre, j’en suis convaincu.

Les intempéries les plus folles surviennent en de rares occasions, mais jamais pour déconner en revanche. Comme pour la neige en Bourgogne, c’est la loi du tout ou rien. Le climat est capricieux et souvent changeant. Toutefois, le remède miracle des Anglais pour contrer les caprices de Zéphyr m’a amusé et surpris : ils font juste comme si de rien n’était et passent outre.

Peu importe l’heure, peu importe le temps, les types se trimballent en T-shirt et c’est incroyable. Ils marchent tranquillement sur le trottoir, la tête haute, pendant que tu fermes les yeux pour éviter la pluie et cambre le dos pour lutter contre le vent. En prenant soin de maintenir vissé ton chapeau sur ta tête.

Morale, si tu comptes faire un tour du côté de Sheffield, n’oublie ni tes bottes ni ton parapluie. Moi, j’ai mon linge qui m’attend dehors.

09 2 / 2014

"Heureusement qu’ils ont nettoyé le ventilo, il avait vomi dedans."

Brève de tocard : un barman 

17 1 / 2014

Mon patron avait beau me cracher à la gueule et mes collègues balancer des sacs de merde sur ma bagnole, je ne voyais pas l’évidence ou elle était.

Les gens ne m’aimaient pas, ou alors ils avaient une étrange façon de me le faire savoir. J’avais pourtant l’intime conviction que c’était de la déconnade. Un peu sale certes. 

Mais même à la maison, le sort s’apitoyait inexorablement contre ma personne. Je le remarquait à chaque petit geste emmerdant du quotidien. Les post-it “Barre-toi” sur le frigo, mes valises toutes faites sur le palier, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille. Quand il n’y avais plus de pq aux toilettes aussi, m’obligeant à pratiquer la méthode dite “Indienne”, moins prisée par nos normes d’hygiène actuelles, et forçant ma femme à nettoyer la serviette pour les mains de manière plus régulière. Ma femme qui, j’aurais du m’en douter, se tapait le chien en douce juste parce qu’il était propre lui. Moi qui avais toujours pensé que c’était une femelle, ma petite Brutus…

Le jour ou je les ai surpris dans mon propre lit, c’est là que j’ai réalisé la triste vérité, que j’ai vu l’évidence :

Ma vie était merdique. Et sacrément merdique. Même mes rêves étaient merdiques et pour preuve, à chaque contexte un tant soit peu érotique s’immisçant dans ma tête, je me retrouvais comme par hasard, instantanément téléporté en prison à ramasser des savonnettes. Ma propre vie semblait m’indiquer que j’étais de trop sur la planète, ou que j’étais un homo refoulé.

S’ajoute à ça, la perte de mon emploi, lié à la perte de mon oeil quelques jours plus tôt dans une sombre affaire de tournevis. J’étais cyclope et je travaillais en tant qu’assistant-astronaute. Mon job consistait, pour l’essentiel, à regarder dans un télescope. Autant vous dire que le boss n’a pas vu mon accident d’un bon oeil. 

Ça, plus le viol de mon oncle par un dauphin unijambiste zimbabwéen, c’était le coup de grâce.

Alors j’ai tenté le tout pour le tout. La pendaison.

Aussi surprenant que ça puisse paraître, même mon suicide je l’ai foiré. En même temps, était-ce une bonne idée de prendre de la ficelle bricorama et de faire un nœud de lacet ?

Même ça je l’ai mal fait, et j’ai jamais su lacer mes chaussures de toutes manières. Peut être existe t-il un mode d’emplois ou un site très bien fait sur internet. Un truc du genre « comment se pendre facilement en 3 étapes ? », ou “jemependouille.org”… Mais même si ça existe et que c’est efficace, je doute de la capacité des gens l’utilisant a refourguer l’astuce aux potes en besoin.

Et après la tentative, c’est devenu pire…

Chaque conversation pourtant bénigne, comprenait des allusions cachées qui m’évoquaient ce pitoyable échec et mon désarroi profond. J’en ai souffert des “il pleut des cordes” en parlant du temps, des remontées de bretelles de ma mère qui me soufflait que ça “me pendait au nez”. Les amis maladroits aussi s’y mettait en tentant de me remonter le moral : “Tu sais Dédé, la vie ne tient qu’à un fil.. On peut se faire une petite partie de pendu pour te remonter le moral ?” me suis-je entendu dire par un pote qui ne l’est pas resté très longtemps. Ceux qui s’en foutent aussi t’y font penser avec leur “C’est à la mode ces traces noires autour du cou ?” et leurs interrogations à la con : “C’est vrai qu’on éjacule quand on se pend ?”, “Ça fait mal ?”, “Une chaise, c’est pas mieux qu’un tabouret ?”, “T’es sur que c’est pas au cou qu’on doit passer la corde ?”.

Finalement, ma sérénité, je l’ai retrouvé. Lors de la pendaison de crémaillère de mon ex-femme : 

Quand j’ai découvert qu’elle emménageait avec mon ancien patron, j’ai pété un câble. Littéralement. J’ai pris 220 volts dans tout le corps. 18 fois consécutives précisent les témoins. Ce qui explique pourquoi je vais, si tout vas bien, pouvoir célébrer ma 24ème année de Coma bientôt, toujours aussi profond, légèrement long et ennuyeux.

Le bon côté de tout ça, c’est que depuis, dans mes rêves lucides, ils ont des gels douches en prison.

13 12 / 2013

A mesure que je m’imprègne de cette culture anglaise, j’arrive à établir quelques règles, élémentaires, d’hygiène alimentaire.

J’ai rapidement découvert que les Anglais aimaient manger tôt. Très tôt. En revenant des cours le soir, ils mangent. Le repas doit être bouclé entre 17 et 19 heures, c’est comme ça. Déborder de quelques minutes n’est même pas envisageable. Concernant les autres dogmes portant sur la bouffe, on ne peut guère faire plus simple. Il n’y en a pas.

Quand on nous bourre le crâne à coup de 5 fruits et légumes par jour de l’autre côté de la Manche, les Anglais, eux, se contentent de 5 fruits et bacon par jour, mais sans les fruits. En revanche, tout comme nous, ils rechigneront rarement devant deux petits verres de rouge le midi, il paraît que c’est bon pour la santé, et on peut toujours conduire après.

La journée typique commence par le breakfast, alias le petit-déjeuner des champions. C’est déconseillé si tu fais partie de ces gens n’ayant pas beaucoup d’appétit au lever du soleil. Par contre, plus tard dans la matinée, quand la fringale pointe son nez, et le ventre sort les crocs, indiquant “l’heure du gavage”, c’est le moment. Tu peux te rendre dans une petite brasserie locale, au pub quoi, et commander un All day breakfast.

Jamais un petit-déjeuner n’a aussi bien porté son nom. Peu importe l’heure à laquelle tu passes commande, la satiété durera au minimum 24h. En termes de calories, c’est l’équivalent d’une choucroute garnie, avec tartiflette en dessert. Tout y est : beans, bacon, sausages, potatoes, tomates et des œufs pour t’achever. Des œufs fris comme ils appellent ça. Comment se démerdent-t-ils pour les cuisiner, ça c’est un secret. Tout ce que je peux en dire, c’est qu’au niveau cuisson, on se situe à mi-chemin entre des œufs sur le plat et des œufs à la coque, et niveau goût, c’est tout bonnement imbouffable. Au diable le pain d’épices bourguignon si cher à nos papilles.

Croissants au roast-beef

Si tu as pour habitude de manger six fois par jour, tu pourras toujours te rendre à la boulangerie par la suite, mais attention aux mauvaises surprises. Tu peux trouver certaines viennoiseries assez spéciales. Ca ressemble au croissant en tous points. L’odeur, l’aspect et même la couleur, tout y est. Le seul inconvénient étant qu’il y a du roast-beef à l’intérieur. Du bœuf, pas de l’Anglais. Enfin j’espère pas. Imaginez donc la tête du français moyen, se délectant d’un met qui lui semblait si familier, sur le point de l’engloutir après l’avoir trempé dans son café. Ça peut surprendre.

L’après-midi, si l’envie t’en prend, tu peux te rendre au Tesco, faire quelques courses. En te baladant, l’air hagard, parmi les rayons, tu trouveras certainement quelques trucs du coin. En Angleterre, le lait est très bon par exemple. S’ils sont quelquefois capables d’en faire quelque chose d’intéressant (je pense notamment aux glaces artisanales de Sheffield, qui sont particulièrement goûteuses), il ne faut tout de même pas s’attendre à des miracles. Le choix de fromages sera limité à du cheddar, plus ou moins mature, et plus ou moins râpé. Le gruyère fondu sur le gratin de courgettes de mamie Lucette, celle qui habite au fin fond de la vallée de l’Ouche, c’est fini.

Adieu baguettes, escargots et économies

Quant au pain c’est pareil. Si tu t’attends à une baguette bien cuite en te tournant vers le vendeur de ton supermarché préféré, c’est mort. On est pas chez Ribeirou. Au Casino rue d’Auxonne, ce n’est déjà pas gagné, mais tout ce que t’obtiendras en Angleterre c’est du pain de mie, qu’ils appellent bread malgré tout, et c’est absolument scandaleux.

Une règle est toutefois de mise : prends les produits français, multiplie les prix par deux et divise la qualité par trois. Si t’es plutôt de sensibilité écologiste, manger bio coûtera deux fois plus encore, pour un goût trois fois moindre.

C’est cette mauvaise qualité ambiante qui m’affecte le plus. On m’avait averti pour certaines denrées certes, et je savais que la probabilité de tomber sur des escargots ou un bœuf bourguignon étaient minces, mais j’étais loin de m’imaginer que même les tomates, les courgettes ou le poulet ne seraient pas bons. Pour tout avouer, même la lessive et les croquettes pour chiens sont pas super bonnes.

Au rayon alcool

En m’égarant accidentellement au rayon spiritueux, il y a quelques jours, j’ai pu contempler un large panel d’alcool forts qui s’offrait à moi. Bien que loin du palmarès observable chez Hyperboissons Chenôve, le nombre de possibilités m’impressionnait. Puis je me suis intéressé un instant aux vins, sachant que les Anglais font partie des plus gros consommateurs européens. Peu de vins britanniques figuraient dans l’étalage, aux côtés d’innombrables vins étrangers. Chiliens ou australiens pour la plupart. Voyant les prix s’envoler, j’ai relevé la tête. Quel ne fut pas mon émerveillement quand mes yeux se sont posés sur un Puligny-Montrachet 1er cru, entreposé à côté de quelques Chablis. Je ne vous cache pas que mon enthousiasme est légèrement descendu quand j’ai reconnu la patte d’un célèbre négociant. Mais bon, what else ?  On ne peut pas se permettre d’être trop exigeants non plus.

En sortant du magasin, les sacs bien pleins et le porte feuille bien vide, ne vous étonnez pas de croiser quelques mecs en costard, titubant sur le trottoir. Il fait encore jour, mais il n’est effectivement pas rare, après le boulot, d’aller s’en jeter une… ou dix. C’est un peu une coutume ici.
J’ai eu l’occasion de me pencher sur la question à maintes reprises. Croyez-moi. Et si toutes leurs bières ne sont pas à mon goût, certaines dark beers sont assez fumées pour ne pas me laisser indifférent.

Pour conclure la journée après une petite binouze, et si tu n’es pas encore déconcerté par ce royaume de la différence qu’est la nourriture anglaise, je ne saurais que te conseiller d’aller te confronter au meilleur monticule de gras jamais créé. Le fish and chips est fait pour toi, et ce, peu importe l’heure. Par contre méfie toi. Ce qu’on te sert avec le poisson, aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est pas des chips, en fait.

21 11 / 2013

"Ne rien faire n’est vraiment agréable que si l’on a beaucoup de travail en retard."

Jerome K.Jerome

21 11 / 2013

Comment appelle-t-on un cochon qui vole ?
Un aéroporc….-_-“….

Aussi pitoyable soit-elle, cette blague vaseuse aurait suffit à me détendre avant cette journée de voyage ensoleillée, peu stressante et nullement ennuyante.
Si tu sens poindre l’ironie tape dans tes mains.

Dès le début ça sentait pas bon cette histoire d’avion de toute manière.
Ha ça a le mérite d’être bien indiqué l’aéroport c’est sûr, mais qui est le con qui a dit qu’il fallait le construire planqué au fin fond de la cambrousse ? On va pas le mettre en plein centre ville d’accord, mais de là à l’installer isolé à 30 minutes de la ville comme si c’était un vulgaire lépreux en quarantaine, y’a un juste milieu quand même. Pourquoi pas le mettre au cœur d’un volcan pendant qu’on y est ? ( Exaspération profonde ).
Après 20 minutes à tourner en rond et à chercher une place, je me suis dit que ce serait pas mal de pénétrer à l’intérieur, j’allais quand même pas craquer si près du but hein. Surtout qu’il faisait un temps magnifique, enfin j’imagine. L’omniprésence d’un épais brouillard m’empêchait de voir le soleil. Le seul inconvénient restait la température extérieure, qui s’était hissée 3 crans au dessus de la fatidique barre du 0 tout de même.
Finalement j’entre : température intérieure : 42°… Aucun juste milieu…
Je jette un coup d’œil à ma montre histoire d’être sûr de ne pas être en retard : 10h30.
Malgré les 5 minutes (10 au Max) de marche jusqu’au terminal et les relous m’ayant dit qu’être en avance est indispensable, louper mon avion de 16h10 me paraissait relever d’un taux de connerie élevé.

Terminal 3 trouvé, personne au contrôle : impeccable, ça avance vite pour la première fois de ma vie, pile le jour où pour la première fois je n’en ai pas besoin.
Après plusieurs tentatives, je me retrouve je ne sais comment du mauvais côté de la file (côté-mecs-qui-scannent), un des types me proposant de faire le travail à sa place. Aussi alléchante soit elle, l’opportunité de scanner des sacs et des liquides pendant 52 ans à la recherche d’une hypothétique bombe ne me tentait que moyennement. J’ai refusé poliment avant de retirer l’intégralité de mes fringues en prévision du détecteur à métaux (le moment fatidique), puisque usuellement je sonne à chaque fois sans aucune raison.
Une fois de plus j’ai répondu présent, et j’ai bipé comme un gland.
Quand le grand et gros monsieur noir s’est approché pour me fouiller, j’ai prié pour qu’il ait un juste milieu.
En sortant une demi heure plus tard de son bureau le coccyx endoloris, j’ai pris la direction du seul endroit sympathique des aéroports, la zone duty free.
Ma surprise n’eut d’égale que le vide intersidéral ambiant à la découverte de cette partie de l’aéroport.
A Londres, tu trouves des restos, des magasins et des tonnes de trucs en duty free. Si l’envie t’en prend, tu peux acheter des carottes râpées ou un ordi, une paire de slips et une chaussette en nylon. Tu peux manger dans une chaîne américaine ou….dans une chaîne américaine…, et même gagner une voiture ou te taper une pute, toujours en duty free (sans déconner). Elles n’acceptent pas les tickets restos par contre.
A Lyon, deux magasins se battent en duel pour savoir lequel est le plus inexistant et un affreux bouiboui appelé le “village food” se dresse au milieu de nul part. Bien que selon moi, “villa food” ou “maison food” aurait humblement suffit. Et encore…
Si t’es en quête de cartouches ou de doux breuvages à prix coûtant : c’est mort ! Si voyageur en Europe tu es, le prix français tu paieras, comme si on se faisait déjà pas assez niquer.
Le juste milieu n’existe pas.
Après au moins 3 minutes passées à faire le tour de ces gigantesques quincailleries sans rien acheter, je décide finalement de manger un bout. Autant passer son temps à manger quand rien ne se profile à l’horizon. Merci Karadoc.
Je constate qu’il y’a une formule repas incluant une pression, et qu’ils prennent les tickets restos au “tente food”. Ce sera au moins ça de gagné.
À la vue du large choix, ainsi que des prix des mets délicats (sans parler de la taille comparable à celle du “hamac food”), j’ai compris que ce serait au moins ça de perdu.
La nonchalance de la serveuse, ses traits grossiers et sa façon de parler au téléphone avec “sa biche” au moment de compter mes pièces m’ont beaucoup plu. La possibilité d’une cuite à la Heineken 25cl pour seulement 98€ m’a également séduit.
Sous le charme, je m’installe alors à une des multiples tables ( toutes vides évidement ) pour déguster mon micro repas.
5 minutes à peine et je suis rejoins par un jeune homme d’une cinquantaine d’années ayant visiblement bien mangé à la cantine. S’il y mangeait ses plats aussi bruyamment que son sandwich ce midi là, j’ai bien peur qu’il ai été la tête de turc de ses petits camarades.
C’est cool, il ne me restait plus que 4 heures à attendre et j’avais déjà tout visité. C’est pas mal non plus de se faire chier ouais.
J’aperçus alors un mec faisant un sondage. Enfin non. J’aperçus d’abord ses longs cheveux gras, et sa raie qui dépassait, au juste milieu. Pas dans ses cheveux non.
Doté d’un iPad et d’un arrière train plus que raisonnable, il se déplaçait dans ma direction d’un pas lourd, tel un lion traquant sa proie. Un morse plutôt.
Caché derrière ma main, j’espérais qu’il ne vienne pas m’interroger.

Dès la seconde question, j’ai senti cette odeur agréable émanant du mec, à mi chemin entre chameau et livarot.
L’entretien vira au cauchemar quand le chameau tourna dromadaire mort et le livarot au roquefort.
Prétextant un dysfonctionnement intestinal pour échapper à mon tortionnaire, j’ai rejoint la salle d’embarquement sans embûche ni embrouille.
La salle semblait exiguë ( elle l’était ) et les gens semblaient s’en contre foutre. Le spectacle s’offrant à moi d’une salle minuscule en perpétuel remplissage m’évoquait le parcage des brebis ou les poules en batteries. Il faut dire qu’à mesure que la salle ne désemplissait pas, la biodiversité animale au sein de celle-ci s’étendait.

Vînt le moment ou un employé laissa priorité à une handicapée en fauteuil roulant ( tous les moyens sont bons pour gagner du temps ), séparant la pièce jonchée tel le Moïse des aéroports.
Le premier moment de bonheur de la journée se pointa quand ce dernier fut rejoint par un second type, puis un troisième et un quatrième afin de hisser la soi-disant handicapée dans l’avion, la portant à bout de bras, fauteuil inclus. J’ai pu constater l’entièreté de la scène depuis la fenêtre, l’air amusé…Hilare devrais-je dire.
Ce ne fut pas chose aisée pour eux. Retenir mon fou rire n’était pas simple non plus. D’autant plus qu’ils ne pouvaient pas s’arrêter en cours de route, détourner le regard aurait suffit pour ma part. Ce que je n’ai définitivement pas fait.
Après 10 minutes de galère, on a fini par embarquer. Puis décoller. Je n’ai presque pas pleuré.

En regardant par le hublot juste avant que la nuit tombe, quand l’avion rejoignit la mer de nuages et la survola, pour quelques instants seulement, j’ai pu apercevoir ce satané soleil, pour la première et dernière fois de la journée. Juste au milieu du ciel.

10 11 / 2013

Le 14 février c’est la Saint Valentin.

Ça veut dire d’une part que tu peux dire bonne fête à tous les Valentin. Si t’en connais c’est mieux. Si t’en connais aucun c’est pas très grave, ça te fera économiser du temps et de la salive !

Mais c’est aussi la fête des amoureux. Tu sais, des petits cœurs partout, les oiseaux qui gazouillent, tout ça tout ça quoi. Bref, c’est censé symboliser le bonheur et tout le monde est supposé être heureux.

Que nenni !

Comment fait on quand on est tout seul ? Comme toi, et qu’on vient de se faire larguer par sa meuf ?

Je sais que beaucoup d’entre vous sont dans cette situation, seuls comme une chaussette dépareillée un lendemain de lessive. Et rien ne sert de rester la journée à chialer, ton ex t’as surement déjà oublié et s’est trouvée un nouveau copain avec une plus grosse épargne voiture. Le fait que t’en aies jamais eu lui ayant rendu la tâche plus facile.

Deux solutions s’offrent alors à vous :

Premièrement, vous pouvez juste faire comme si de rien n’était et passer votre journée a faire comme les gens en couples, comme les gens normaux en fait. Pas comme toi, looser. Tu fais comme les mecs qui sont « in love », sauf que tu le fais tout seul. C’est pas sorcier je t’assure.

Tu vas au restaurant, tout seul.

Tu vas acheter des fleurs, toujours tout seul, que t’offriras à ta mère ou je sais pas qui. Ça fait toujours plaisir et en plus elle va croire que tu penses à elle.

Et t’achètes des chocolats, encore tout seul, pour ton chien, celui qui a mangé tes devoirs un peu souvent cette année. Tu verras il appréciera bien plus que les croquettes au bœuf (cheval?) que tu lui files d’habitude. D’ailleurs j’ai jamais vu un chien bouffer un bœuf ou ne serait-ce qu’un bébé bœuf dans la vraie vie. Je sais qu’on dit « un veau » mais c’est moi qui raconte.

On en arrive à la deuxième solution, qui est ma favorite soit dit en passant.

Tu vas au Spar ou au Leclerc le plus proche, tu peux même aller à Fly ou LeroyMerlin si ça te chante, voire chez l’arabe du coin si tu t’es levé un peu tard aujourd’hui. Bref, tu trouves l’endroit qui nécessite un moindre coût en déplacement, pour un large choix d’alcool et un moindre prix. Qui est ouvert si possible aussi, c’est préférable.

C’est souvent au moment de faire ton choix que tes yeux se poseront sur les bières de clochard. Si ce choix peut s’avérer justifié quelquefois, s’il te plait ne craques pas. Choisis une bonne bouteille de whisky. Ça veut dire au minimum du Ballantines ou du Jack, oublie le William Peel et le label 5, je sais que t’y as pensé. Ne te négliges tout de même pas, c’est la fête des amoureux aujourd’hui. Tu pourrais en être un.

Une fois que le vendeur t’as bien entubé sur le prix, t’enfourches ta moto et fonces chez toi. Met bien ton casque surtout c’est dangereux. En cas de fin de mois ou de pauvreté, tu marches ou tu prends ton monocycle, comme tu préfères. Si t’as juste un deltaplane ça marche aussi, t’inquiète.

A peine posé chez toi, tu déballes ton cadeau à obsolescence programmée tout excité. Même si généralement tu sais pas trop si c’est ton cerveau ou la bouteille qui cessera de fonctionner en premier. Et c’est pas non plus comme si c’était surprenant quand tu l’ouvres, t’es un peu au courant de ce qu’il y’a dedans.

Là tu bois, et surtout tu ne t’arrêtes pas. Ensuite viens le moment de manger les chocolats que t’avais acheté cet aprem’, t’avais oublié que t’as pas de chien.

Il s’est fait écraser la semaine dernière par un mec en tondeuse, une sale histoire.

Quand finalement le contenu de la bouteille t’apparait aussi vide que ta tête avant un examen, c’est signe qu’une bonne journée de Saint Valentin se profile.

Dans l’éventuel cas de figure ou tu es un soiffard de première classe. Et tu n’aurais pas fait tous ces efforts en vain si tu n’en étais pas un. Tu peux si tu le souhaites, t’attaquer à la bouteille elle même. Je veux dire par là que tu peux manger le verre. Je te parle pas de t’attaquer à elle littéralement, t’es tout de même pas fou, et t’es certainement trop bourré pour gagner.

Une fois ta mission exécutée, si t’es toujours debout, je te conseille d’aller te mettre au lit en prenant soin d’emmener une bassine avec toi. Même si elle te servira pas forcément, elle te tiendra au moins compagnie en cette froide nuit d’hiver. Tu vois que t’es pas tout seul au final !

Si par contre t’es déjà calé en mode larve sur le sol, tout habillé, les dents sur le carrelage et le filet de je-ne-sais-quoi aux lèvres. C’est ici que s’achève ta quête.

Dans tout les cas, il est fort possible que tu ne te souviennes de rien de tout ça demain. Quand tu te réveilleras toujours aussi seul, la gueule dans le bois, dans le carrelage ou dans la bassine. Priant le dieu paracétamol qu’il t’enlève cette insupportable migraine et ces traces verdâtres sur tes fringues.

L’ultime conseil que je te donne, si tu ne veux pas passez la Saint Valentin seul comme un tocard. C’est d’appeler tes potes, ceux qui tiennent tes cheveux quand tu vomis, pas ceux qui t’empruntent de l’argent toutes les semaines. Allez partager vos problèmes et une bière, ou deux, ou dix.

Et tu verras, t’apprécieras cette journée autant que n’importe quelle autre de l’année. De toute façon tu finiras saoul.